dimanche 25 août 2019

24 août – Cap Spear, Fort Amherst

Le temps change rapidement à Terre-Neuve, hier il faisait dans les 30Celsius et aujourd’hui le temps est venteux et frais et il fait à peine 16.  Pendant qu’hier on suait à grosses gouttes, maintenant nos manteaux en duvet sont nécessaires.

Nous quittons Pippy Park et prenons la direction de Cap Spear, de l’autre côté de la baie de St. John’s.  Le point le plus à l’est du Canada, Cap Spear est le site du phare le plus ancien de Terre-Neuve. Le Cap a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. La construction du fort du Cap Spear a débuté en avril 1941. Durant 1939-1945, l’effort de guerre des Alliés dépendait des navires marchands pour transporter le ravitaillement essentiel de l’Amérique du Nord vers l’Europe. Pour protéger ces navires, les Alliés ont fait appel à un système de convois. Les navires marchands se rassemblaient en vastes formations le long de la côte de l’Atlantique avant de mettre le cap sur l’Europe.  St. John’s était un lieu important sur le plan stratégique car c’était le dernier port d’escale pour ces convois et est devenu une base navale essentielle qu’il fallait défendre.

Un canon du fort de Cap Spear
Pour couper les vivres aux Alliés, l’Allemagne, soutenue par ses alliés italiens, cherchaient à couler ces navires. Pour cela l’Allemagne a mobilisé des sous-marins pour attaquer les navires marchands des Alliés, déclenchant ce qu’on a appelé par la suite la bataille de l’Atlantique.  En mars 1942 un sous-marin allemand attaqua le port de St. John’s lançant des torpilles qui explosèrent sur les falaises des deux côtés du passage The Narrows. De telles attaques ont représenté une menace véritable jusqu’aux dernières semaines de la guerre.

Le phare de Cap Spear
Nous nous rendons ensuite à l’emplacement du fort Amherst qui se trouve juste de l’autre côté de Signal Hill. Il ne reste que des ruines du fort, mais il y a un joli petit village et un phare au bout de la route. 

En allant au phare de Fort Amherst

En bas, les ruines du fort Amherst

Phare Amherst
En marchant le long de la route conduisant au phare, nous apercevons du côté de Signal Hill le long sentier de bois en escaliers, au milieu de la falaise, qui conduit aux maisons colorées de Lower, Middle et Upper Battery en direction du port.  Et nous réalisons que c’est le sentier que nous avions parcouru en 2001 et non celui en direction de Quidi Vidi.  Pas surprenant que nous n’avions trouvé rien de familier il y a quelques jours lors de notre randonnée de Signal Hill à Quidi Vidi. 

En bas de Signal Hill, voyez-vous le sentier en escaliers?

Au loin, Upper, Middle, Lower Battery
Nous terminons notre journée à La Manche Provincial Park sur la côte est de Terre-Neuve. C’est la fin de semaine et le camping est très occupé, pas moyen d’avoir un site avec électricité et il fera froid cette nuit.  Nous décidons d’aller marcher sur le sentier qui conduit au pont suspendu et au village abandonné de La Manche.  Après avoir stationné, nous partons par un large sentier de terre et de roche et nous cueillons des framboises au passage. Un peu plus bas, nous entendons des rires d’enfants, ce qui nous surprend pour un village abandonné. En continuant, nous voyons des tentes et nous réalisons que nous étions revenus au camping.  Il ne nous reste qu’à rebrousser chemin et chercher le vrai sentier.  Et pourtant, il y avait bien une affiche « Trail » de l’autre côté du stationnement.  Le sentier n’est pas facile, surtout qu’il est souvent inondé en raison des sources descendant de la montagne et qu’il y a de gros rochers.  Plusieurs fois nous avons eu envie de rebrousser chemin mais nous persistons et nous arrivons enfin près d’une belle chute, du pont suspendu et des fondations des maisons déplacées dans les années 1960. La remontée vers le début du sentier est plus facile pour l’équilibre bien que fatigante pour les jambes.

Sur le sentier de La Manche

Près du village abandonné de La Manche


Il a fait froid cette nuit, à peine 8 Celsius.  Nous avons dormi le toit baissé, avec une couverture supplémentaire et des bas de laine. Au matin, la chaufferette du véhicule nous a apporté un peu de chaleur.

samedi 24 août 2019

22, 23 août – St. John’s, jours 3 et 4

Jeudi matin, nous allons prendre le traversier à Portugal Cove pour nous rendre à Bell Island qui est située à peine à 15 kilomètres de St. John’s.  C’est sur cette île que des mines de fer ont été découvertes et exploitées à ciel ouvert dès 1895.  En 1901, la majeure partie du minerai de surface avait été extrait et les activités se sont déplacées sous terre, jusqu’en 1966, année de la fermeture de la mine. De 14 000  habitants, la population a périclité à 2 000.

Nous allons visiter la mine #2 avec la guide Bonnie, dont le père et le grand-père travaillèrent dans cette mine. Avant 1950, les mesures de sécurité étaient presqu’inexistante, les mineurs ne portaient pas de casque, seulement leur casquette. Au début, les mineurs travaillaient 10 heures par jour, 6 jours par semaine et gagnaient 10 sous de l’heure, ce qui leur donnait une paie de $6 par semaine. La mine #2 s’étend sur 5 kilomètres sous la Baie de Conception. Donc il fallait continuellement pomper l’eau pour l’extraire de la mine.

Quand Serge se prend pour un mineur

Les mineurs d'autrefois n'étaient pas très bien équipés

Dans la mine #2
 Bonnie connait bien des histoires sur les mineurs et se plait à nous les raconter.  Elle chante très bien aussi et nous avons le plaisir de l’entendre quand elle éteint toutes les lumières de la mine pendant 30 secondes pour que nous vivions la sensation d’être dans le noir complet à l’intérieur de la mine. Une chance qu’elle chantait.  En 1902, il n’y avait pas d’électricité à Bell Island. Les seuls modes d’éclairage étaient les lampes à l’huile de phoque, puis les lampes à carbure et à compter de 1940, les lampes à batterie.

L’histoire des rats est assez intéressante. Il y avait beaucoup de rats dans la mine. Les mineurs savaient que lorsqu’ils ne voyaient pas ou n’entendaient pas les rats, c’était mauvais signe. Cela signifiait qu’un danger était imminent.  Par contre, ils n’aimaient pas du tout les rats lorsqu’ils s’attaquaient à leurs boîtes à lunch.  Pour les en empêcher, ils installaient un fil de fer sur les murs de la cabane à lunch et y suspendaient leurs boîtes à lunch.  Même ça ne suffisait pas toujours; des rats malins réussissaient à gruger le fil et se faisaient un festin  du lunch des mineurs. 

La cabane à lunch
Après cette visite, nous faisons le tour de l’île et allons marcher sur le bord des falaises près du phare.  Au café du phare, nous rencontrons le propriétaire qui est d’origine tchécoslovaque. Serge en profite pour lui parler de Thomas Bata pour qui il a travaillé pendant 45 ans.  Le propriétaire nous parle du père de Thomas Bata qui était une réelle légende en Tchécoslovaquie.

En se promenant à Bell Island
Nous retournons à Portugal Cove en milieu d’après-midi et la pluie commence.  Comme c’est pris pour la journée et la soirée, nous allons visiter le Fluvarium près de Pippy Park. Quelle visite décevante! La moitié des aquariums sont vides et mal entretenus. Nous considérons le montant que nous avons déboursé comme un don pour des améliorations futures.
 
Les jolies maisons colorées de Portugal Cove
Même s’il ne fait pas très froid, nous décidons de dormir le toit baissé pour diminuer l’humidité à l’intérieur qui pénètre par les côtés en toile. Comme la pluie fut forte toute la nuit, ce fut une excellente idée.


Vendredi matin, nous nous rendons au centre-ville de St. John’s afin d’aller marcher le long des rues Water et George, mais avant il faut trouver un stationnement. Sur Harbour Drive où sont accostés les gigantesques bateaux de croisière, à part les stationnements avec » permis seulement », nous pouvons nous stationner pour 3 heures le long de la rue, mais il faut payer avec l’application « Pay by Phone ». Il semble que c’est la façon de faire dans la plupart des villes.  Je télécharge l’application sur mon téléphone cellulaire, je me crée un compte, puis j’entre toute l’information demandée; l’application sait même que nous sommes dans la zone 1335. Et voilà nous pouvons laisser la voiture là pendant 3 heures pour $4,25.  Quand je demande à un agent de surveillance si on peut ajouter du temps pour rester au même endroit plus longtemps, il me répond que « non ». Il faut alors revenir et aller stationner dans une autre zone. Quel trouble! Leur système n’est pas parfait. 

Voyez-vous notre Safari Condo devant le gros bateau?
Water Street est l’équivalent de la rue Ste-Catherine à Montréal ou Bloor Street à Toronto. C’est une succession de belles boutiques, de restaurants aux noms aguichants, de touristes et, malheureusement de mendiants assis sur le trottoir et quémandant de l’argent.  Nous faisons un détour par George Street qui est bien tranquille ce matin;  ici l’action se passe en soirée quand les groupes de musique et les fêtards envahissent les bars et restaurants.

Sur Water Street

En haut, George Street
Nous nous rendons au site historique Newman Wine Vaults situé à l’extrémité ouest de Walter Street. Nous sommes accueillis par Ann, la guide, qui nous prend sous son aile.  On ne pouvait pas demander de meilleure personne pour nous raconter l’histoire de ces voûtes.  En 1679, un vaisseau de la compagnie anglaise Newman quitta Porto au Portugal pour se rendre à Londres chargé de vin. Le bateau fut attaqué par des corsaires français (Ah! Les maudits français). Bien que le navire réussit à s’échapper, il dévia de sa route et éventuellement traversa l’Atlantique.  Il trouva refuge à la Plantation Newman à Terre-Neuve. Après un hiver à St. John’s, le bateau retourna à Londres et à son arrivée, il fut découvert que le vin avait acquis une saveur nouvelle et plus douce. Il était évident que le voyage et le vieillissement du vin dans les tonneaux de cèdre étaient responsables de ce remarquable changement. C’est dans les caves des installations de pêche des Bretons situées dans le port de la famille Newman que le premier porto fut amené à maturité à Terre-Neuve. Depuis ce temps et jusqu’à 1996 le porto Ruby est vieilli dans les voutes de Water Street à St. John’s.

Dans les voutes Newman
Ce midi, nous nous laissons tenter par le menu du restaurant « Merchant Tavern ».  Serge veut essayer leur fish & Chips et moi je choisis des linguines au calamar, moules et crevettes.  Serge déclare que ce sont les meilleurs fish & chips qu’il ait mangé et moi j’ai savouré mes pâtes jusqu’à la dernière bouchée. 

J'aime quand on voit les cuisiniers à l'oeuvre dans les restaurants

Les fish & chips préférés de Serge
Il est maintenant temps de retourner à notre stationnement, en nous arrêtant dans les boutiques toutes aussi tentantes les unes que les autres.  Je reçois un message qu’il nous reste 10 minutes avant l’expiration de nos 3 heures de stationnement et rapidement nous allons récupérer Oscar.

Nous nous rendons ensuite sur les lieux de Commissariat House construit entre les années 1818-1820.  C’était la demeure et les bureaux  de l’Assistant Commissaire Général. John Laidley y fut le commissaire de 1827 à 1838. Fait étonnant, il était célibataire et vivait seul dans cette immense demeure où la salle à manger compte une grande table avec 16 chaises. Soit qu’il aimait recevoir ou bien il ne mangeait pas souvent chez lui.  Avant d’occuper ce poste, il avait passé des années aux Barbades.  Des recherches portent à croire qu’il y a connu une femme avec qui il a eu des enfants. Ce sont eux qui furent ses héritiers.  Dans l’écurie à côté de la demeure, se trouve une exposition sur  les journaux de l’époque à St. John’s. Dans les tavernes, les auberges, et les cafés, les journaux étaient lus à haute voix à la foule. Les articles étaient débattus jusqu’à ce qu’un accord soit atteint ou jusqu’à ce qu'une bataille éclate.  Henry Winton, imprimeur et journaliste, y a perdu une oreille lors d’une attaque. 

M. le Commissaire attend de la visite

Serait-ce le commissaire Laidley?

Une dame en visite ce soir
Nous retournons à Pippy Park pour trouver un peu de fraîcheur car il fait plus de 30 degrés aujourd’hui. C’est donc l’occasion d’enfin laver nos pyjamas qui devraient bien sécher au soleil.

Séance de lavage

jeudi 22 août 2019

21 août - St. John's, jour 2

Après bien des viraillages, nous arrivons enfin au stationnement du Johnson Geo Centre d’où nous partons pour monter au haut de la colline de Signal Hill.  Bien des gens montent par la route mais nous préférons les sentiers qui sillonnent le long de la colline.  Nous sommes bien récompensés car c’est le long de ces sentiers que nous avons les plus beaux coups d’œil sur la ville de St. John’s, son port, ses « Narrows» et ses coquettes maisons aux couleurs éclatantes. Si je me fie à ce que j’ai vu, les Narrows est l’étroit chenal qui conduit de la mer à la baie. 

Le sentier conduisant à Signal Hill

La baie de St. John's

Margot à Terre-Neuve ???
Nous arrivons à la batterie et les casernes de la Reine qui constituaient la pierre angulaire des défenses portuaires au 19e siècle. Ils devaient empêcher les navires ennemis de pénétrer dans le havre de St. John’s. Ces canons n’ont jamais fait feu sur quoi que ce soit, mais ils ont joué un rôle notable.  Tous les jours ils annonçaient le lever du jour, le midi et une salve de 5 coups sonnait l’alarme quand un incendie se déclarait dans la ville.

L'Atlantique et The Narrows

La batterie de la Reine
Finalement, par le sentier du Belvédère-des-Dames, nous atteignons le point le plus élevé où se trouve la célèbre tour de Signal Hill. La légende veut que les femmes de St. John’s y venaient pour voir les navires emporter leurs fils, maris et amoureux, d’où le nom donné au sentier.

La tour de Signal Hill
Nous entreprenons ensuite la descente jusqu’au village Quidi Vidi. Dans nos souvenirs vieux de 18 ans, nous descendions au village par une série d’escaliers à flanc de montagne. On voit bien des escaliers au loin, mais le sentier a été dévié, probablement pour des raisons de sécurité.  Nous descendons maintenant par un sentier bien marqué, souvent sur fond de roches et de gravier et dans les endroits plus abrupts par des escaliers.  A nul endroit est fait mention du sentier pour se rendre au village Quidi Vidi. Il faut y aller par intuition et en s’informant auprès des marcheurs qui connaissent les lieux.  A notre grand étonnement, au village nous ne voyons plus les jolies petites maisons de couleurs différentes perchées sur plusieurs niveaux.  Nous nous informons à un citoyen assez âgé pour connaître l’histoire du village et il nous apprend qu’il y a 10 ans, les maisons ont été démolies et ont fait place aux grosses demeures que nous voyons maintenant.  C’est vraiment triste de voir que ce patrimoine a disparu.  Heureusement nous avons nos souvenirs et les photos d’il y a 18 ans.

En descendant vers Quidi Vidi

A Quidi Vidi
Nous allons dîner au Mallard Cottage, un autre endroit qui nous fut fortement conseillé et avec raison. La nourriture est excellente et l’ambiance chaleureuse. 

Dîner à Mallard Cottage

Fish Cakes pour Serge, salade de thon et chou-fleur pour moi
Maintenant, il nous faut trouver notre chemin pour retourner au stationnement du Johnson Geo Centre.  Pour éviter de longer les rues, nous prenons le sentier qui longe le lac George. Mais au bout, quelle direction prendre? Google Maps n’est pas d’une grande aide. C’est finalement les conseils de quelques citoyens qui nous permettent de retrouver notre véhicule au bout de 4 heures de marche, en empruntant bien des sentiers.

Comme il fait très chaud, nous allons nous rafraîchir à l’intérieur du Johnson Geo Centre.   Ce Centre a ouvert ses portes en 2002 afin de promouvoir le patrimoine culturel et environnemental de Terre-Neuve et Labrador.  Les thèmes exploités sont : notre système solaire, notre planète, notre province, notre peuple et notre futur. Une visite vraiment enrichissante et instructive.  Il est toujours intéressant de savoir d’où l’on vient et où on va.

Au camping, c’est jour de lavage.  ZUT ! j’ai oublié de laver les pyjamas…..

mercredi 21 août 2019

20 août – Cupids, St. John’s

Nous ne connaissions pas Cupids qui est situé dans Conception Bay.  Nous savions qu’il y avait un site archéologique et le Legacy Centre.  Ce petit village d’à peine 700 habitants fut la première colonie anglaise au Canada.  C’est en 1610 que John Guy, un marchand de Bristol en Angleterre, arriva à Cupids en compagnie de 39 hommes dans le but d’y fonder une colonie.  Ils bâtirent plusieurs maisons et des fortifications pour se protéger des pirates, entre autres Peter Easton qui était très actif sur la côte de Terre-Neuve.  Deux ans plus tard, 16 femmes arrivèrent à Cupids et en mars 1613 la femme de Nicholas Guy donna naissance à un fils, le premier enfant anglais à naître au Canada.

C’est en 1995 que l’archéologue Bill Gilbert et son équipe découvrirent l’emplacement de la première colonie anglaise.  Depuis ce temps, les fouilles se poursuivent  permettant de découvrir des artefacts et les fondations des habitations.  C’est en compagnie d’une guide que nous faisons la visite des lieux qui sont très sécurisés.  Après cette visite, nous nous rendons au Cupids Legacy Centre, où nous apprenons encore plus en détails l’histoire de cette colonie sur une période de 200 ans.   Ce fut une visite fort intéressante qui nous a fait découvrir un autre aspect de l’histoire du Canada.
 
Cupids dans Conception Bay

Cupids Cove Plantation
Nous partons ensuite sous la pluie pour St. John’s, la capitale de Terre-Neuve.  Tel que suggéré par plusieurs personnes au cours de notre voyage, nous allons dîner au pub The Duke of Duckworth. Difficile de trouver du stationnement au centre-ville. La plupart des endroits sont avec permis seulement, mais nous réussissons à dénicher une place dans une côte non loin du restaurant.    Serge a bien aimé ses fish & chips, tandis que moi j’ai eu de la difficulté à digérer mon plat de morue gratinée.
Mon repas de morue gratinée
Comme la pluie persiste, nous allons passer l’après-midi au centre culturel The Rooms qui occupe le site historique du Fort Townshend. Nous y passons 3 heures à parcourir les 4 étages qui fourmillent  d’expositions et d’histoires.  Au 1er étage, nous apprenons la participation des soldats terre-neuviens à la bataille de la Somme dans la commune Beaumont-Hamel durant la guerre 1914-1918.  L’histoire de nombreux soldats et infirmières y est racontée avec leurs photos. C’est très émouvant. 

Nous découvrons aussi l’histoire des irlandais venus s’installer à Terre-Neuve. En 1836, 75 000 habitants étaient d’origine irlandaise.  Une section est aussi consacrée aux 4 peuples autochtones de Terre-Neuve : les Inuits, les Innus, les Mi’kmaqs et les Inuits du Sud et raconte l’impact positif et négatif sur ces peuples causé par l’arrivée des européens.

Nous nous installons ensuite pour 4 nuits au camping de Pippy Park au nord de St. John’s. La pluie a cessé et on nous annonce du soleil pour les trois prochains jours.  Quoi demander de mieux! 

lundi 19 août 2019

17, 18 août - St-Pierre et Miquelon

Vendredi. Nous voilà en terre française.  En mettant les pieds sur le sol de l’archipel, nous faisons connaissance avec un lieu d’une importance historique unique en Amérique du Nord. Nous y trouvons une Histoire vivante et étonnante, celle d’une population française par ses origines, sa culture et son contact permanent avec la France et ses institutions. Depuis le moratoire sur la pêche en 1992, le principal employeur est la fonction publique.

En juin 1536, quand l’explorateur Jacques Cartier fait escale dans l’archipel, l’île Saint-Pierre porte déjà ce nom.  Dans le port sont ancrés des navires de pêche français. Plus tard, la France fonde l’Acadie. C’est de cette double histoire, celle de la pêche française et celle de l’Acadie, qu’est issue la population actuelle de Saint-Pierre et Miquelon. Les Saint-Pierrais, les Miquelonnais portent des noms qui viennent de Bretagne, du Pays Basque, de l’Anjou, du Poitou et de la Normandie. A la différence des Acadiens, ils n’ont pas eu à prêter allégeance à un autre pays, ils sont toujours là, Français sur leurs îles et ça dure depuis près de 500 ans.

Dès notre arrivée à Saint-Pierre, nous retrouvons l’accent français qui nous est familier de par nos amis de la Normandie et de Charente-Maritime. Nous avons bien une carte de Saint-Pierre pour nous aider à  nous rendre à notre chambre d’hôte, chez Madame Dodeman, mais bien des rues n’ont pas de nom et vont dans tous les sens. En demandant l’aide de passants, ce n’est pas plus facile car ils ne connaissent pas les rues par leurs noms, mais ils connaissent Madame Dodeman. « Vous montez cette rue, vous tournez à gauche, puis encore deux rues et vous tournez à droite et vous devrez y arriver ».  C’est un miracle qu’on se soit rendus.  Il est maintenant 19h et on veut aller souper dans un restaurant.  Madame Dodeman nous demande « Avez-vous fait une réservation? » Bien non, on vient juste d’arriver. « Alors là, ce ne sera pas facile ». Elle fait deux appels et les deux restaurants sont complets ce soir.  Nous trouvons un restaurant qui fait du catering et nous allons manger  sur une table de pique-nique devant la place centrale.

Notre premier souper, à la table de pique-nique
Samedi matin, après un déjeuner de croissants, pains au chocolat, baguettes et confitures et un excellent café, nous nous rendons à l’Information touristique rejoindre notre guide, Jean-Claude Fouchard, qui nous fait visiter l’île en voiture.  Il connaît bien Saint-Pierre car il fait partie de la 4e génération de Fouchard établie ici.   Il y va même d’histoires assez singulières, comme celle de la guillotine de Saint-Pierre qui n’a servi qu’une fois. Elle est d’ailleurs exposée au Musée de l’Arche. En février 1889, le tribunal de Saint-Pierre et Miquelon a jugé deux marins-pêcheurs pour le meurtre de François Coupard résidant de l’Île-aux-Chiens (maintenant Île-aux-Marins). Après avoir trop bu, les deux hommes avaient décidé d’aller souper chez la victime. Furieux de trouver la porte barrée, ils la démolirent. La victime essaya de se défendre, mais l’un deux lui asséna un coup de couteau dans la poitrine.  Le premier mécréant fut condamné aux travaux forcés et envoyé au bagne de Cayenne, et l’autre fut condamné à la peine capitale.  Le Gouverneur des îles fit venir une guillotine et un bourreau, mais il n’a obtenu que la guillotine, laissant le soin aux autorités locales de trouver quelqu’un pour l’actionner.  Le Procureur de la République obtint l’accord d’un marin-pêcheur, contre une somme de 500 francs, pour assembler la guillotine et effectuer la tâche de bourreau. En raison de l’inexpérience de l’exécuteur et de son assistant, il leur fallut un long moment pour attacher le coupable sur la bascule et le placer sous le couperet. Finalement, l’exécuteur libéra le mécanisme et le couperet s’abattit.  Ce fut la première et la dernière fois qu’un individu fut condamné à mort à Saint-Pierre et Miquelon. En 1984 la peine de mort fut abolie en France.

La guillotine à St-Pierre
Les îles connurent une période de grande prospérité avec la pêche, mais aussi avec la prohibition. Dans les années 1920, les États-Unis et le Canada interdirent la fabrication, la vente et l’achat d’alcool sur leurs territoires. Saint-Pierre et Miquelon étant un territoire français, n’était pas concerné par ces lois. Aux portes de l’Amérique, l’archipel devint un lieu privilégié pour y stocker de l’alcool qui rentrait en contrebande au Canada et aux États-Unis. En 1933, c’est la fin de la prohibition et la pêche est alors désorganisée. Une période difficile s’ensuit pour l’archipel. De nos jours, 6 000 personnes vivent sur l’île Saint-Pierre et 600 à l’île Miquelon.

Jean-Claude, voulant nous permettre de prendre des photos de la ville, se stationne sur le côté de la route et il s’enlise dans un trou.  Ce sont des photos qui ont failli lui coûter cher.

Jean-Claude est dans le trouble
A St-Pierre, devant le débarcadère du bateau

Les salines de Pointe-aux-Canons
En après-midi, nous partons à bord du bateau Le Jeune France, pour une croisière au Cap Percé. Il fait un temps splendide et la mer est calme, Nous voguons pendant 2 heures 30 vers l’île Langlade où nous pouvons apercevoir une colonie de macareux moines nichés sur les rochers du grand Colombier. Nous avons aussi la chance d’apercevoir un grand nombre de rorquals.

Les minuscules macareux moines sur le rocher

Cap Percé

Devant St-Pierre
Après avoir pris un délicieux souper à la Crêperie du Vieux Port, nous nous rendons au Fronton où a lieu des parties de pelote basque. Ce soir, il y a beaucoup d’ambiance, des musiciens et chanteurs sont sur place et les gens chantent et dansent.  C’est ici que chaque soir, les gens de St-Pierre se réunissent pour manger et participer à la fête.

La rue piétonnière à St-Pierre

La fête basque au Fronton

Ici, on danse
Dimanche matin,  pendant que les Saint-Pierrais dorment encore, nous nous rendons au quai afin de prendre le bateau Le P’tit Gravier pour aller à l’Île-aux-Marins. Avec la rétrocession définitive des Îles à la France en 1816, 700 personnes s’installent sur cette île. Au milieu du 19e siècle, l’Île-aux-Chiens (maintenant aux-Marins) était en majeure partie composée de pêcheurs normands de la Baie du Mont-Saint-Michel. Les habitants de l’Archipel les surnommaient « les Pieds Rouges » car ils avaient l’habitude d’aller à la pêche aux coquillages pieds nus, ce qui donnait à leur peau une coloration rouge brunâtre.  De nos jours, plus personne n’habite dans l’île en permanence, il n’y a que quelques maisons d’été que les citoyens de Saint-Pierre rénovent. Une des figures marquantes de l’Île fut Ernest Patrice, dit Nénesse. Mémoire vivante de l’Île, il savait aussi se faire conteur pour le plus grand bonheur de tous.

L'Île-aux-Marins

Une maison de marin-pêcheur

La maison de Monsieur Nénesse
Une journée de plus aurait été nécessaire pour se rendre à Miquelon. Si vous venez, prévoyez 3 nuits à St-Pierre.

Nous prenons le bateau à 14h30 pour retourner à Fortune (Terre-Neuve). Nous ne voyons pas le temps passé en compagnie de Robert et Anne de Longueuil ainsi que d’un autre couple de québécois. Installés au parc provincial Frenchman’s Cove, nous passons la soirée au coin du feu avec Anne et Robert.  Une nouvelle amitié vient de naître.